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Librairie Faustroll

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Soleil cou coupé

HARTUNG (Hans) & CÉSAIRE (Aimé) 22,2 x 16,4 cm, broché, couverture illustrée, 128 pp., eau-forte originale signée de Hans Hartung. Edition originale. Un des 60 ex. du tirage de tête numérotés sur Chiffon du Marais, seuls exemplaires (dont 10 ex. hors commerce) comportant une eau-forte originale datée et signée par Hans Hartung. Pli dans la marge extérieure de la gravure, comme toujours, la gravure étant d'un format légèrement supérieur au livre. Très bel exemplaire par ailleurs. Soleil cou coupé est la première oeuvre complète d'Aimé Césaire publiée en librairie, la plupart des poésies de son précédent recueil Armes miraculeuses publié en 1946 chez Gallimard ayant d'abord paru dans la revue Tropiques entre 1941 et 1945. Le titre Soleil cou coupé est extrait du dernier vers de Zone de Guillaume Apollinaire, long poème, sans ponctuation, publié en ouverture d'Alcools (Mercure de France, 1913). Ce titre traduit la blessure atroce de la séparation originelle avec l'Afrique. Le poète évoque aussi les Antilles, l'océan et sans doute les souffrances de la traversée qui continuent de scander la mémoire collective antillaise : « Soleil serpent oeil fascinant mon oeil / et la mer pouilleuse d'îles craquant aux doigts des roses / lance-flamme et mon corps intact de foudroyé / l'eau exhausse les carcasses de lumière perdues dans le couloir sans pompe / des tourbillons de glaçons auréolent le coeur fumant des corbeaux. ». C'est également le seul livre orné d'une gravure originale d'Hans Hartung. C'est en 1947, qu'Hans Hartung réalise ses "premières expériences significatives de la taille douce, pratiquée avec une grande diversité de procédés (vernis mou, eau-forte, pointe sèche, morsure directe et burin), sans doute à l’occasion du projet d’illustration pour Soleil cou coupé d’Aimé Césaire"(Exposition des Estampes d'Hans Hartung, Bibliothèque Nationale de France du 12 octobre 2010 au 16 janvier 2011). De ces travaux, effectués avec peu de moyens, Hans Hartung produira une douzaine de gravures sur cuivre. L'un d'entre elles fut retenue pour illustrer en frontispice Soleil cou coupé. Elle fut imprimée, probablement dans les ateliers Lacourière, à 100 exemplaires sur vélin, 60 ex. pour le livre, 40 en planches libres. Deux exemplaires supplémentaires sur un feuillet légèrement plus petit furent imprimés sur vélin léger de [Lana]. Seules quelques épreuves des autres gravures furent tirées. Les cuivres furent ensuite rayés (Rainzer Michael Mason, Catalogue raisonné de l'oeuvre gravé d'Hans Hartung).
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Le Vin est tiré

DESNOS (Robert) In-12 (18,7 x 12,2 cm), broché, couverture crème imprimée en rouge et noir, 206 pp., 1 f. n. ch. Edition originale de ce roman dramatique sur les méfaits de la drogue. Exemplaire du SP (pas de grand papier). Très bel envoi autographe signé de l'auteur : "A Armand Salacrou / à Lucienne / en leur donnant rendez- / vous. pour le boire, / à la santé de tous / les braves gens. / Et cela ne saurait tarder / Bien affectueusement / Desnos". Restaurations à la couverture, petite fente en tête. Très belle provenance. Armand Salacrou (1899-1989) et son épouse Lucienne, née Jeandet, furent des amis proches de Robert Desnos. Ils se rencontrèrent à Paris au début des années 1920 et se passionnèrent pour Dada. Dans les années 1930, c'est grâce à Salacrou que Robert Desnos put entrer à l'agence Information et publicité, où il animera une équipe chargée d'inventer des slogans publicitaires pour des produits pharmaceutiques. Tous deux entrèrent en Résistance durant l'Occupation. Mobilisé en 1939, Salacrou fut emprisonné, mais parvint à s'évader et s'engagea en 1944 dans les Forces françaises libres. Le destin de Desnos fut plus tragique. Engagé dès juillet 1942 dans le réseau AGIR, il est arrêté par la Gestapo en février 1944, puis déporté et meurt du typhus le 8 juin 1945. « J'ai connu [Robert Desnos] au quartier latin quand je faisais ma première année de médecine. Il était déjà ce qu'il a été toute sa vie, un garçon adorable, d'une extraordinaire bonté, d'un dévouement pour ses amis que je n'ai retrouvé chez aucune autre personne vivante. Et, on se voyait très souvent, c'était le moment où Dada. les mouvements dada commençaient à sortir. Nous ne savions pas très bien, ni lui, ni moi, ce que ça représentait, mais ça nous amusait de courir dans les rues du Quartier en réveillant les concierges, en jetant les poubelles dans les couloirs et en criant "dada, dada" ». (Armand Salacrou, témoignage radiophonique, cité dans Concordance des temps, France-Culture, 29/11/2008).
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Véritable portrait de Monsieur Ubu

JARRY (Alfred) Planche de 14,4 x 9,2 cm sur vergé pelure, bois de 12,3 x 7,3 cm. Tirage à part de ce bois réalisé avec la matrice originelle gravée par Jarry, à une vingtaine d'exemplaires le 21 mars 1942 par Jean Loize pour quelques amis. Notre épreuve est numérotée 13/20 au crayon. Ce bois figurait sous le numéro 220 du catalogue de l'ExpoJarrysition organisée par la Librairie Jean Loize du 7 mai au 20 juin 1953 (cf. Cahiers n°10 du Collège de Pataphysique). Cinq tirages étaient alors proposés à la vente au prix de 4 000 francs (cf. Catalogue des 150 pièces mises en vente par la librairie Jean Loize). La matrice originelle a ensuite été encartée par Jean Loize dans la reliure de l'édition originale d'Ubu Roi, imprimée sur Japon, dédicacée à Laurent Tailhade (cf. n°217 de l'ExpoJarrysition) qui rejoignit ensuite la collection Daniel Filipacchi (Vente Christie's, 29 avril 2004, n°142). Une des 20 épreuves du bois tirées par Jean Loize en 1942 est insérée dans ce précieux exemplaire. Le bois original d’Alfred Jarry parut initialement dans le rare n°2 du Livre d’Art en mai 1896, dans lequel paraissait en pré-originale la première partie d’Ubu Roi. Il figura ensuite - mais vraisemblablement reproduit après clichage - en couverture et frontispice de l'édition originale d'Ubu Roi datée du 11 juin 1896, puis aux seconds plats de couverture de la Revue Blanche du 15 août 1896 et du Moutardier du Pape en 1907.
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Perhinderion

JARRY (Alfred)] 2 livraisons in-folio (44 x 32,5 cm), sous couvertures parcheminées illustrées et imprimées en rouge, 3 ff. (planches de Dürer sur vergé), 4 ff. doubles pliés en deux (images d'Epinal), 4 ff. le dernier sur papier violet (Numéro 1) ; 2 planches (Bois de Dürer et Explications pour servir à l'intelligence de la précédente image), 2 ff. doubles pliés en deux (images d'Epinal), 1 f. de texte, 1 f. double plié en deux (L'Annonciation), 2 ff. de texte dont un sur papier violet (Numéro 2). Rare collection complète, en deux fascicules, de cette revue éphémère fondée par Alfred Jarry. Un des exemplaires sur vergé jaune. "Perhinderion est un mot breton qui veut dire Pardon au sens de Pèlerinage" ("Premier son de la messe", Alfred Jarry). Cette revue d'estampes vit le jour après la brouille de Jarry avec Remy de Gourmont et son départ précipité de L'Ymagier. Le second fascicule fut imprimé avec des caractères typographiques spécialement commandés, à grands frais, par Alfred Jarry, qui furent réutilisés pour l'impression d'Ubu roi. Les deux livraisons poursuivent la confrontation, initiée par L'Ymagier, entre bois gravés anciens, imageries populaires et production contemporaine. Ainsi sont juxtaposés des bois de Dürer, des impressions populaires de Georgin, l'imagier d'Épinal et une zincographie d'Émile Bernard. Au sommaire du second fascicule, Jarry annonce deux estampes d'Émile Bernard rehaussées à la main, précisant que la livraison renferme tantôt Le Christ en croix, tantôt L'Annonciation (comme c'est le cas ici). On joint une lettre autographe signée de Paul Léautaud à propos de Perhinderion (enveloppe jointe à l'en-tête du Mercure de France) adressée le 20 novembre 1919 au graveur H. Van der Zee : "Monsieur, La revue Perhinderion est si lointaine que nous n'avons plus aucun souvenir à son sujet. Sa publication a été très brève. Les deux numéros que vous avez peuvent très bien être les seuls qu'elle ait donnés.". Cette revue artisanale est d'une grande fragilité. En dehors des défauts d'usage à la couverture légèrement insolée et quelques petites marques du temps, le premier fascicule est en bon état. Le second est en état convenable : couverture insolée et légèrement rognée, comme presque toujours l'encollage du fond des cahiers limite l'ouverture, deux déchirures restaurées à la planche d'Émile Bernard, quelques rousseurs, salissures, quelques feuillets effrangés. Provenance : M. H. Van der Zee (annotation signée au crayon sur les couvertures des deux fascicules). Numéro 1 : Trois bois de Dürer sur vergé : Jésus présenté au peuple (tiré de La Grande Passion), Les Quatre fléaux de l'Apocalypse, Saint Jean à la porte latine Images d'Epinal : Christ aux évangélistes, Passage du Mont Saint Bernard, Le Juif errant, L'Heureuse bénédiction des familles et des maisons Sébastien Munster : fac-similé de deux chapitres de du Cinquième livre de Cosmographie Alfred Jarry : "Premier son de la messe." Numéro 2 : Bois de Dürer : Sainte Catherine Alfred Jarry : Explications pour servir à l'intelligence de la précédente image Images d'Epinal : La très Sainte Vierge, Le Chemin de fer D'art : extrait d'un article de Felix Fénéon écrit en 1888, avant la première exposition de M. Louis Anquetin à Paris L'Annonciation : composition en couleurs d'Emile Bernard rehaussée à la main, Extrait du Gran simulacro Colophon sur papier violet.
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L’Araignée publiée à l’intérieur de son appareil critique. F.P. ou la résolution humaine par Georges Garempon

PONGE (Francis) 23,8 x 18,7 cm, broché, couverture rempliée dessinée par André Beaudin, 86 pp., 2 ff. n. ch. Edition originale. Envoi autographe signé de l'auteur : "A Maurice Merleau-Ponty / avec l'amitié de / Francis Ponge". Tirage limité à 325 exemplaires plus quelques hors-commerce. Un des exemplaires du SP (après 25 ex. sur vergé d'Auvergne et 300 ex. num. sur vélin du Marais). Exemplaire complet du papillon annonçant que : "Par suite de difficultés techniques, aucun exemplaire de presse ne contient les fac-similés de manuscrits". Très bel exemplaire, la couverture habituellement piquée et ici en très bel état. Le philosophe Merleau-Ponty (1908-1961) donna dans l'émission "Heure de culture française" en 1948 une causerie consacrée aux "choses sensibles" durant laquelle il affirmait que "les choses ne sont pas devant nous de simples objets neutres que nous contemplerions" tout en évoquant le travail de Francis Ponge sur le sujet. « L’écriture de L’Œil et l’Esprit emprunte à l’écriture poétique un rythme, un vocabulaire, une modalité non démonstrative d’enchaînement d’arguments, une expérience énoncée depuis sa singularité, des sortes « d’emprunt » à des poètes aussi. Je pense par exemple au passage sur l’eau dans la piscine comme paradigme de l’expérience de la profondeur. La description qu’il en donne : « l’eau elle-même, la puissance aqueuse, l’élément sirupeux et miroitant, je ne peux pas dire [ ] » fait penser à l’écriture d’un Parti pris des choses de Francis Ponge.»? (Stéphanie Mélassié, Merleau-Ponty : une écriture élaborée ?, Rue Descartes 2005/4 (n° 50)).